Exemples:

Canuck

 

par Camille Lessard Bissonnette

1er Chapitre

La Vie Des Moulins

            C'était un matin dans les premiers jours de mars de l'an 1900.  Une locomotive du chemin de fer Boston & Maine arrivait à Lowell, Massachusetts, traînant, à part des wagons pour le bagage, trois compartiments remplis d'émigrants canadiens-français.  Avec un pouf-pouf d'engin haletant et de grincement de roues fatiguées, la locomotive, le nez pointé vers Boston, ralentit graduellement sa course et finalement arrêta net à une centaine de pieds de la gare.

            Des portes d'avant et d'arrière des wagons, les passagers s'élancèrent comme des nuées d'abeilles, se bousculant, poussant des coudes et des jambes afin de sortir au plus vite de l'atmosphère enfumée, poussiéreuse et malsaine où, depuis des heures, ils étaient enfermés comme des sardines.  Leur précipitation vers les portes de sortie était peut-être, aussi, due au fait qu'ils arrivaient aux États!

            Vieux, jeunes, hommes, femmes, enfants, tous avaient la figure étirée et les yeux fatigués par cette interminable nuit passée sur des banquettes de convoi ferré.

            Hommes avec gros sacs sous le bras, paquetons sur le dos, valises gonflées à la main, jeunes filles traînant des enfants par le poignet, femmes portant des bébés rechigneux dans leurs bras, tout ce  monde, —comme un troupeau se dirigeant vers le même but, —s'engouffra dans la gare confortable où des lampes brûlaient encore.

            C'étaient de bien pauvres émigrants canadiens-français que déchargeait à Lowell, en ce matin glacial de mars 1900, un convoi du Boston & Maine.  Mais le lendemain probablement que le même convoi irait chercher, de par la ligne 45e, une classe plus fortunée: celle des commerçants, industriels, professionnels qui, eux aussi, viendraient palper l'or des coffres de l'Oncle Sam.

 

 


FRANÇAISES D’AMÉRIQUE

par Corinne Rocheleau Rouleau

ESQUISSE HISTORIQUE

La première représentation des <<Françaises d’Amérique>> eut lieu le 10 février 1915, sous la direction de mademoiselle Anna Belisle, et sous les auspices du <<Cercle Jeanne-Mance>>, les rôles étant ainsi distribués:

 

PROLOGUE

 

Une voix                                                         Mlle Annette Levasseur

La Huronne                                                     Mlle Eva Marchessault

 

PERSONNAGES HISTORIQUES

 

Madame Louis Hébert                                     Mlle Anne Perrott

Guillemette, sa fille                                         Mlle Angeline Racine

Madame Samuel de Champlain                       Mlle Beatrice Lariviere

Madame de la Peltrie                                       Mlle Eva Gosselin

Madame de la Tour, baronne de St. Estienne 

                                                                        Madame Joseph Brunelle

Une dame de compagnie                                 Mlle Ida Granger

Jeanne Mance                                                  Mlle Eva Marchessault

Madame Jacques de Lalande                           Madame Ovila Bousquet

Madame Louis Jolliet                                      Mlle Albani Rocheleau

Madeleine de Verchères                                   Mlle Lilia Viau

Jeanne le Ber                                                   Mlle Blanche Marchessault

La cousine de Jeanne le Ber                            Mlle Dora Levitre

Madame de la Mothe-Cadillac                         Mlle Alida Granger

 

EPILOGUE

 

Une habitante                                                  Madame Regis Cloutier

Marie                                                               Mlle Louise Parrott

Françoise                                                         Mlle Estelle Lacroix

 


LA JEUNE FRANCO-AMÉRICAINE

Par Alberte Gastonguay

 

LE DEBUT

            Depuis longtemps l'âme du père Carignan était pensive.  La terre lui était chère, ses aïeux y avaient ensemencé leur travail et leur coeur.  Dans les veillées passées au coin du feu, pendant que le vent secouait l'érable centenaire, en famille on jasait des États-Unis, de ce pays ruisselant d'or.  Le fils de Pierre était déjà parti, et quand les lettres arrivaient, Pierre se disait heureux et satisfait.  Carignan voulut tenter fortune.  Après avoir longuement mûri le projet, un jour on fit les malles et la famille dirigea ses pas vers le Maine, dans la ville presque alors inhabitée de Lewiston.  Il y avait déjà quelques familles américaines qui tenaient le haut du pavé, telles les Garcelon, les Gray, les McCarthy, fiers descendants des premiers colons.  Près de la rivière Androscoggin qui aujourd'hui encore fertilise et féconde les filatures et qu'on nomme le canal, les Carignan bâtirent leur demeure, bien modeste.  On ne jouissait pas de l'électricité alors, les chandelles et plus tard les lampes rendirent de grands services, mais le père et la mère avaient mis tout leur bonheur à voir pousser les bambins drus et nombreux.  On travaillait ferme en aimant le pays d'adoption.  Quelques semaines passèrent quand d'autres familles originaires de la Beauce, vinrent rejoindre les Carignan.  C'étaient des Casavant, des Marcotte, des Paradis, des Joncas.  Ils formèrent alors le premier élément canadien- français à Lewiston.  Ils parlaient leur langue maternelle et encore aujourd'hui, nombreux sont les plus âgés qui ne parlent pas encore un mot d'anglais.  Ce petit noyau canadien s'est développé, a été fidèle à sa langue et à ses moeurs, si bien que cette terre foulée par leurs pieds porte depuis lors le nom devenu traditionnel: <<le Petit Canada>>.

 


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